Artiste et brodeuse d’art franco-algérienne. Évoluant dans une double culture entre la France et l’Algérie, c’est tout naturellement que j'interroge dans mes recherches plastiques le rapport au sujet et à sa représentation, entre Orient et Occident. Baignant dans les ateliers familiaux de fabrication de tapis, je m’intéresse également aux pratiques de l’artisanat. La pratique de l’ornement, dans son rapport à la Nature et à l’image, devient alors un sujet à part entière que je travaille à travers la technique du dessin, de la peinture et de la broderie.
Depuis les premières grottes ornées, les pratiques de l’ornement sont universelles, intemporelles s’étendent à toutes les matières – la terre, la roche, le bois, les métaux, les fibres textiles, les plumes, etc. – et à tous nos environnements – nos objets, nos vêtements, nos maisons, nos jardins. Compagnon fidèle pour habiter le monde, il est de partout et de toujours. C’est pourquoi je vais le chercher au-delà des frontières occidentales, notamment dans les arts de l’Islam, dont l’influence a été si décisive pour faire basculer les représentations occidentales et nourrir les multiples pensées de « l’abstraction ».
Mon travail engage une réflexion sur la situation contemporaine, dans un contexte post-colonial marqué par l’impact de la globalisation numérique, redoutable machine d’instrumentalisation politique, productrice de simulacres de mondes. Dans cet univers « algocratique », je cherche à voir comment des formes d’incarnation concrète peuvent s’insérer dans des environnements déterritorialisés, mettre en échec « le glaçage du sensible » (Michel Guérin) et inventer de nouveaux usages de la main contre l’industrie du clic. En un mot, il s’agit ici d’inventer une véritable politique ornementale.
« La peinture existe parce que j’ai besoin de peindre, mais cela ne peut suffire, il y a une interrogation sur le geste qui s’impose. » Simon Hantaï.